Qu’est-ce qu’être raisonnable ?

Introduction

« Sois raisonnable » est un ordre que l’on entend couramment, surtout lorsqu’il est adressé à de jeunes enfants qui ont des désirs ou attentes démesurés. La raison, en ce sens, renvoie à la lucidité, à la mesure. Pourtant, la raison a aussi d’autres sous-entendus : ce terme provient du terme latin « ratio » signifiant « le calcul », cela montre donc qu’elle est une capacité liée à l’intelligence. Dès lors, nous pouvons nous poser la question suivante : qu’est-ce qu’être raisonnable ? Ce sujet implique d’étudier les différents sens du terme « raisonnable ». Etre raisonnable, c’est être doté de raison, et être responsable. C’est une capacité typiquement humaine : il va donc falloir étudier en quoi la raison est l’essence de l’humanité et l’élément constitutif de son évolution. Ainsi, il s’agira de se demander en quoi être raisonnable est caractéristique de l’homme sage. Dans un premier temps, nous verrons qu’être raisonnable, c’est être modéré. Puis, dans un second temps, nous déterminerons que c’est aussi le fait d’utiliser son intelligence pour comprendre le monde qui nous entoure. Enfin, nous constaterons que c’est une caractéristique humaine faisant de l’homme ce qu’il est.

I – être raisonnable, c’est être modéré

1. Restreindre ses désirs.

Par définition, lorsque l’on emploie des expressions comme « sois raisonnable », il s’agit d’inviter l’individu à être modéré. La modération peut prendre la forme de restriction des désirs. Cela ne signifie pas que l’homme n’a pas le droit d’avoir des désirs, mais qu’il ne faut pas chercher à tous les satisfaire, sous peine de perdre sa liberté et sa raison. C’est ce que souligne Socrate, mis en scène dans le dialogue Gorgias de Platon : l’homme perdrait sa liberté et sa raison en devenant dépendant de ses désirs, s’il cherchait à tous les satisfaire. De plus, certaines volontés peuvent être irréalisables car elles ne sont pas raisonnables, rationnelles ! Par exemple, dans Caligula, la pièce de théâtre de Camus, le personnage éponyme veut attraper la lune. C’est son désir le plus fort, le plus immodéré… et la première manifestation de sa perte de raison.

2. Être lucide sur ses capacités et possibilités.

Etre raisonnable, c’est aussi faire preuve d’une certaine lucidité, concernant les autres, mais aussi nous concernant. En effet, c’est savoir quelles sont nos capacités et nos possibilités, et les respecter. Etre raisonnable, c’est donc ne pas chercher à faire au-delà de ce que nous sommes capables de faire, ou de ce qu’il est possible de faire. Par exemple, si je ne cours pratiquement jamais, il serait irraisonnable de m’inscrire à un marathon en pensant pouvoir réussir cette épreuve : ce serait manquer de lucidité sur mes capacités. 

3. Atteindre une certaine forme de sagesse avec le temps et grâce à l’expérience.

Etre raisonnable n’est pas une caractéristique dont l’homme dispose d’emblée. En effet, cela se construit dans le temps et grâce à l’expérience. Le jeune enfant n’est jamais raisonnable, il est courant d’entendre un parent lui recommander de l’être. En revanche, on ne fait que très rarement cette recommandation à une personne âgée. En effet, les expériences que celle-ci a pu faire au cours de sa vie l’ont rendue raisonnable. C’est en ce sens que l’on comprend pourquoi la raison est associée à la sagesse : être raisonnable est une caractéristique de l’homme sage.

II – être raisonnable, c’est utiliser son intelligence pour comprendre le monde qui nous entoure

1. En suivant une méthode

Etre raisonnable, c’est aussi la capacité de l’homme à rationnaliser, c’est-à-dire à utiliser sa raison pour comprendre le monde qui l’entoure. En effet, il est capable de mettre au point une méthode scientifique efficace afin de parvenir à des résultats certains, et ce, uniquement grâce à sa raison. C’est dans cette perspective que s’inscrit Descartes : pour lui, la raison est la faculté de l’esprit à discerner le vrai du faux. La méthode rationnelle commence par éradiquer toutes les anciennes opinions non fondées, non certaines. C’est pourquoi il faut douter de toute opinion et de toute incertitude : c’est le doute méthodique. Par exemple, si on n’est pas sûr d’un fait, il faut reproduire l’expérience pour le vérifier. Soit la théorie était correcte et notre expérience l’a prouvé définitivement, soit elle était incorrecte et on a écarté une erreur. C’est donc en étant raisonnable que l’on parvient à ces résultats.

2. En rejetant les préjugés

Etre raisonnable, c’est utiliser son intelligence pour comprendre le monde qui nous entoure sans se reposer passivement sur ce que disent d’autres : c’est donc rejeter les préjugés et la passivité de l’esprit, ce qu’avance Kant. En effet, pour lui, la raison ne doit pas s’appuyer sur des préjugés, qui sont des croyances communes non prouvées. Elle doit faire l’effort de se confronter à ce qu’elle veut étudier, à ce qu’elle veut comprendre, même si c’est difficile. Cet effort fourni par la raison est le propre de l’homme. Par exemple, c’est parce que des scientifiques comme Galilée ont refusé de croire aux préjugés selon lesquels la terre serait plate que la raison humaine a pu s’améliorer et évoluer : grâce à ces esprits qui ont rejeté les préjugés.

III – être raisonnable est donc une caractéristique humaine qui fait de l’homme ce qu’il est

1. Ce qui le distingue de l’animal

Etre raisonnable, c’est enfin une caractéristique typiquement humaine qui fait de l’homme un homme. C’est cela qui le distinguerait de l’animal. En effet, comme l’écrit Descartes, les animaux se distinguent par leur corporalité et ont un fonctionnement similaire aux machines : ils n’agissent pas grâce à leur réflexion, mais par instinct, comme s’ils étaient programmés. Au contraire, l’homme témoigne de son intelligence grâce à la parole, qui prouve qu’il dispose de la raison. La raison serait donc le propre de l’homme. Même si la théorie de l’animal-machine cartésienne est aujourd’hui dépassée, les animaux possédant tout de même une certaine intelligence et une certaine conscience d’eux, comme le prouvent les singes qui savent compter ou les chiens qui réagissent à leur prénom, la capacité à être raisonnable est tout de même humaine.

2. Ce qui lui permet d’évoluer, savoir ce qui est bien et mal

La raison est une notion intrinsèquement reliée à la morale. En effet, être raisonnable, être guidé par sa raison, c’est agir de sorte à respecter la morale, c’est ne pas être immoral. C’est également ce que souligne Descartes. C’est aussi le fait qu’il fasse preuve de mesure, de contrôle de lui, qu’il tienne compte des autres et ne pense pas qu’à ses intérêts propres. Mais l’homme peut également perdre la raison, c’est-à-dire basculer dans la folie, soit à cause d’un trouble mental, soit en utilisant son intelligence au service de buts immoraux. C’est par exemple dans cette perspective que s’inscrivent la construction des camps de concentration et d’extermination, ainsi que leurs différents systèmes de mise à mort massive.

3. Limites de la raison dépassée par une infinité de choses

Enfin, être raisonnable, c’est aussi reconnaître la limite de la raison, qui ne peut pas tout connaitre. C’est à ce titre que Pascal écrit que « la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent » : l’aboutissement de la raison, sa plus haute forme, consiste à reconnaître ses limites. Elle ne peut pas tout connaître, même si paradoxalement elle le voudrait et tente de le faire, elle doit rester modeste et ne pas céder aux pulsions d’orgueil. Par exemple, elle ne peut pas savoir où se finit l’univers ni connaître en détails les astres les plus lointains. 

Conclusion

Ainsi, être raisonnable est une expression qui possède plusieurs définitions. C’est avant tout le fait d’être mesuré, de faire preuve de modération, d’atteindre une certaine forme de sagesse. C’est aussi le fait d’employer sa raison pour interpréter et analyser le monde qui nous entoure. C’est pour cela que finalement, être raisonnable est une caractéristique de l’homme qui est propre à sa nature : cela le distingue de l’animal, lui permet d’avoir une morale, et d’être lucide : l’aboutissement de la raison est de reconnaitre ses limites.

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