Avons-nous besoin d’art ?

Introduction

L’art désigne toute production humaine, culturelle, et inclut différentes formes, qui sont toutes des moyens d’expression. En ce sens, l’art semble nécessaire en ce qu’il permet à l’homme d’extérioriser et d’exprimer ce qu’il ressent. Cela nous amène à nous poser la question suivante : avons-nous besoin d’art ? Ce sujet implique de réfléchir sur le lien que nous entretenons avec l’art. En effet, l’art n’est pas un besoin vital pour survivre. Nous pouvons donc nous en dispenser. En revanche, l’art est un medium permettant à l’homme de dépasser l’indicible, de se penser, de réfléchir sur sa société et de témoigner. En ce sens, il peut paraître indispensable, mais d’une manière différente. Ainsi, il s’agira de se demander dans quelle mesure l’art est-il indispensable à l’homme ? En apparence, il semblerait que nous n’ayons pas nécessairement besoin d’art. Or, en réalité, l’art est nécessaire à notre existence. En vérité, l’humanité a un besoin vital d’art, car l’art est ce qui fait de nous des hommes.

I – Nous n’avons pas nécessairement besoin d’art

  1. Pas un besoin vital

L’homme a des besoins vitaux qu’il doit satisfaire, sans quoi, il meurt. Parmi ces besoins, nous pouvons citer boire, manger, respirer, entre autres. Mais l’art n’en fait pas partie, aussi bien du point de vue de l’artiste que de celui du spectateur. L’art semble donc relégué au rang de loisir, de divertissement, et ne pas aider à la survie. Il ne possède qu’une efficacité limitée, le cantonnant au simple rôle de divertissement esthétique. C’est en ce sens que les tableaux, le cinéma, la musique, la littérature, ne sont pas un recours ni une aide acceptables en cas d’urgence vitale. En effet, lors de crises urgentes comme une épidémie, une guerre, ou encore une famine, l’art n’aidera pas les populations à surmonter les difficultés.

2. Ne remplit pas de fonctions concrètes nous aidant à mieux vivre

De surcroît, l’art n’engendre pas le progrès. En d’autres termes, il ne permet pas d’améliorer concrètement et efficacement la vie de la population, contrairement à la science ou encore à la technique par exemple, qui sont indispensables pour aider l’homme à mieux vivre. Au contraire, l’art ne semble avoir aucune utilité. Il n’aurait un rôle qu’esthétique : pour Théophile Gautier, l’art se distingue par sa beauté et par le fait qu’il ne sert à rien, « Il n’y a de vraiment beau que ce qui peut ne servir à rien ». Ainsi, par exemple, un vaccin découvert par des scientifiques, ou encore des inventions techniques comme le chauffage, sont véritablement utiles et remplissent des fonctions concrètes nous aidant à mieux vivre. Ce n’est pas le cas d’une sculpture ou d’une photographie, entre autres.

II – Pourtant, l’art est tout de même indispensable à bien des égards

  1. S’exprimer, se comprendre, donner un sens au monde

Cependant, force est de constater que ce constat doit être nuancé. En effet, l’art ne remplit pas une fonction vitale, mais il a tout de même un rôle indispensable pour l’artiste : grâce à ses œuvres, celui-ci peut s’exprimer différemment, appréhender les mouvements qui l’animent, et donner un sens au monde. Et le spectateur également, peut se retrouver dans les œuvres qu’il contemple, être touché, s’identifier et être apaisé. C’est dans cette perspective que Paul Klee affirme : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Cela signifie que la fonction de l’art ne consiste pas en une pâle représentation de la réalité, mais en la révélation de forces intérieures qui ne peuvent s’exprimer ni être dévoilées autrement. Pensons par exemple aux dessins d’Henri Michaux, présentant des taches noires de formes diverses : elles étaient représentatives de son mal-être et exprimaient sa souffrance.

2. Se libérer de mauvaises passions, catharsis

En outre, l’art permet de se libérer de mauvaises passions. Il a une fonction cathartique, puisqu’en produisant de l’art, l’artiste extériorise des sentiments qui lui sont nuisibles ou immoraux. Et en observant l’œuvre, le spectateur peut aussi se purger de ces mauvaises passions. C’est d’ailleurs en ce sens qu’étaient envisagées les tragédies, au théâtre : en inspirant la peur et la pitié, ces œuvres transformaient ces sentiments terribles en divertissement. Elles permettent au spectateur de réfléchir sur ses propres passions et de s’en libérer. C’est ce qu’illustrent des tragédies comme Macbeth de Shakespeare : en représentant la soif de pouvoir, le meurtre, le vice, le spectateur les vit par procuration à travers les personnages, ce qui l’en libère.

3. Dénoncer

Enfin, force est de constater que l’art remplit aussi une fonction essentielle : celle de la dénonciation. Sans art, dénoncer un travers de la société serait bien plus complexe ; l’art transmet des messages importants, qui permettent au spectateur de réfléchir sur sa société, ses codes, ses normes, ses valeurs. Pensons par exemple au tableau Guernica de Picasso, qui pointe du doigt les atrocités commises pendant la guerre : le massacre des civils, la souffrance, la violence. Ou encore au roman épistolaire Lettres persanes de Montesquieu, dans lequel Uzbek et Rica s’échangent des lettres critiques vis-à-vis des mœurs européennes : l’hypocrisie, le matérialisme, le luxe et la superficialité sont dénoncés.

III – L’humanité a un besoin vital d’art pcq l’art c’est ce qui fait de nous des hommes

  1. Témoigner de sa société, refléter son époque -> historien des mœurs

Tout cela nous amène au constat suivant : l’homme a fondamentalement besoin d’art. Ce n’est pas un besoin vital, puisqu’il peut survivre sans. En revanche, c’est un besoin pour l’humanité, car l’art est ce qui permet à l’homme de témoigner de la société de son temps, de refléter les enjeux de son époque. C’est ce que met en valeur Hegel : l’art possède une vérité, la vérité de l’époque et du regard de l’artiste. En d’autres termes, l’artiste se fait historien des mœurs, il représente l’homme tel qu’il est et tel qu’il le perçoit. C’est dans cette perspective qu’on peut penser aux romans de Zola ou encore de Balzac, qui dépeignent de manière précise la société de leur époque, afin d’en révéler les zones d’ombre.

2. Retracer l’histoire de l’humanité

En outre, l’humanité a besoin d’art parce que cela lui permet de retracer sa propre histoire. Sans art, pas de culture, pas de transmission, pas d’Histoire : l’homme ne serait pas ce qu’il est ! En effet, l’art sous toutes ses formes apporte un enseignement sur l’évolution de l’humanité, les évènements historiques et politiques. Ainsi, les différents écrits, les tableaux, la musique, nous apportent de précieuses informations sur ce qu’ont vécu les générations passées, et nous permettent de mieux comprendre le monde dans lequel nous nous trouvons, notre héritage, et les différents enjeux auxquels nous sommes confrontés. Citons par exemple des films comme La Machine infernale de Charlie Chaplin, très significatif puisqu’il dénonce la technique qui a permis de créer le travail à la chaîne. Il met ainsi en valeur un enjeu contemporain important, et les réactions des populations face à ce processus déshumanisant.

3. Nous distinguer de l’animal

Enfin, force est de constater que grâce à l’art, l’homme se distingue de l’animal. En effet, l’art repose sur une intention consciente, et l’artiste emploie son intelligence, son imagination et sa raison afin de produire une œuvre. Les animaux ne peuvent produire de l’art : s’ils transforment la nature, c’est par instinct et pour satisfaire leurs besoins vitaux, ce que soulignent Kant et Descartes. L’art permet donc à l’homme de s’élever et de se distinguer de l’animal. En permettant à l’homme d’avoir une histoire et une culture, et en rendant possible leur transmission et leur expression de génération en génération, l’art est constitutif de la nature humaine. Par exemple, grâce aux peintures des grottes de Lascaut, nous pouvons mieux comprendre d’où nous venons et comment ont vécu nos ancêtres.

Conclusion

Ainsi, l’art n’est pas un besoin vital pour l’homme, mais pour l’humanité. S’il ne permet pas à l’homme de survivre, il lui permet de s’exprimer, de communiquer, de mieux appréhender le monde qui l’entoure. Et surtout, il permet à l’humanité de s’élever, d’être ce qu’elle est, puisque grâce à lui, l’homme a une culture et peut la transmettre de génération en génération, contrairement à l’animal.