Peut-on avoir de bonnes raisons de ne pas dire la vérité ?

Introduction

« Il ne faut jamais mentir », est une affirmation que l’on entend souvent dans la bouche des parents éduquant leurs enfants. Pourtant, dans certaines situations, il semblerait que mentir puisse être préférable à dire la vérité. Cela nous amène à nous poser la question suivante : peut-on avoir de bonnes raisons de ne pas dire la vérité ? Ce sujet met l’accent sur un paradoxe. En effet, la vérité est une valeur, une vertu, et il semble en apparence que dire la vérité soit indispensable. Ne pas la dire, c’est mentir, et même si on ne dit pas quelque chose de faux, on ment tout de même par omission. Mais la question sous-entend que cacher la vérité, voire mentir, peut être parfois préférable et justifiable, légitime. Pourtant, nous venons de voir que ne pas la dire est illégitime ! Il s’agira donc d’étudier cette contradiction, et dans quels cas il serait acceptable de ne pas dire la vérité. Ainsi il s’agira de se demander dans quelle mesure le mensonge, même par omission, peut être légitime. En apparence, il semblerait qu’il vaille mieux dire la vérité en toute circonstance. Or, en réalité, mentir est parfois justifié. En vérité, ce qui compte est surtout l’intention de celui qui ment ou dit la vérité.

I – Mieux vaut dire la vérité en toute circonstance

1. Par définition, le mensonge n’est pas légitime car il n’est pas moral.

On ne peut pas avoir de bonnes raisons de ne pas dire la vérité, il faut la dire en toute circonstance. En effet, si on ment (ou si on ment par omission en ne disant pas quelque chose), notre comportement n’est pas moral. La vérité est préférable au mensonge même si elle blesse l’individu : parce qu’en la disant ou en ne la cachant pas, celui qui se confronte à cette vérité reconnait l’honnêteté de celui qui la lui a dévoilée et ne lui reprochera pas de l’avoir dite. De plus, celui qui aura transmis cette vérité ne culpabilisera pas d’avoir menti et aura été honnête, donc vertueux. Ainsi, par exemple, une vérité qui blesse sera dans cette perspective toujours préférable à un mensonge qui conforte.

2. C’est le propre de l’ignorant et du faible de rester dans des illusions.

Ceux qui préfèrent qu’on leur mente sont des ignorants et des faibles, parce qu’il privilégient leur confort illusoire et leur imagination. L’homme sage et fort est capable d’affronter et de dire toutes les vérités, même si elles sont déplaisantes. C’est ce que souligne Socrate : la vérité est toujours préférable au mensonge. Par exemple, si nous voyons une personne trahir son ami, il faut dire la vérité à cet ami et lui apprendre qu’il est trahi par son proche : cette personne préfèrera le savoir plutôt que d’apprécier un faux ami hypocrite, elle préfèrera se séparer de cet ami même si c’est difficile, plutôt que de rester dans l’illusion d’une amitié.

3. Le mensonge peut entrainer des conséquences désastreuses.

Enfin, un mensonge peut entraîner des conséquences terribles, même s’il est bien intentionné : aussi bien en ce qui concerne les évènements qui découleront du mensonge, qu’en ce qui concerne notre manière d’agir. Nous nous habituerions au mensonge et cela reviendrait à le légitimer. Dans ce cas, mieux vaut dire la vérité en toute circonstance, peu importent les conséquences. C’est le point de vue défendu par Kant : pour lui, mentir une fois reviendrait à accepter que tout le monde mente et que le mensonge devienne une loi universelle, comme il le souligne dans ses impératifs catégoriques. De plus, nos mensonges pourraient avoir de pires conséquences que la vérité. Il s’appuie notamment sur l’exemple d’un homme qui cacherait un innocent d’un meurtrier, qui le retrouve et qui frappe à sa porte. Si l’homme ment et indique une direction au meurtrier, peut-être que l’innocent s’est échappé et que le meurtrier le retrouverait et le tuerait. Et s’il ne s’est pas échappé, peut-être que l’assassin tuerait un autre innocent par notre faute.

II – Mais parfois, mentir est justifié

1. Quand dire la vérité n’apporterait rien de constructif à l’individu et ne l’aiderait pas à quoi que ce soit. 

Pourtant, il semblerait tout de même que l’on puisse avoir de bonnes raisons de ne pas dire la vérité. En effet, si cette vérité n’apporte rien de constructif à l’individu et ne l’aide en rien, en d’autres termes si cette vérité ne va pas le rendre plus lucide, plus fort ou plus intelligent, alors il faut la garder pour soi, soit en mentant si le mensonge n’a pas d’impact, soit en taisant cette vérité. Par exemple, à quoi cela sert de dire à quelqu’un qui va mourir dans quelques jours qu’on a perdu son travail ? A rien, cela ne l’aiderait pas à guérir et surtout cela lui causerait une source d’inquiétude, et il ne pourrait rien faire pour aider. Mieux vaut adoucir ses derniers jours en n’annonçant pas cette nouvelle ou en mentant.

2. Quand la vérité est trop blessante, il ne faut pas la dire, par bienveillance.

Ainsi, mentir est justifié si la vérité fait plus de mal que de bien. La vérité peut rendre très malheureux si elle est blessante. C’est pourquoi garder quelque chose pour soi est aussi une mesure de protection pour l’individu, donc une preuve de bienveillance. Par exemple, une personne qui subit du harcèlement et qui a connaissance du fait que d’autres personnes parlent mal d’elle n’a pas besoin de savoir exactement et avec précision tout ce qui est dit sur elle, cela lui minerait le moral. La personne qui ne lui répète pas les moqueries et les insultes ferait ainsi preuve de bienveillance.

3. Quand les conséquences d’une vérité seraient dramatiques.

Si la vérité a des conséquences terribles, plus terribles qu’un mensonge, alors mieux vaut mentir. Benjamin Constant s’érige contre le point de vue de Kant énoncé précédemment : pour lui, refuser de mentir dans ce cas serait absurde et conduirait un individu à la mort, par notre faute. Rien ne nous assure que le meurtrier irait tuer quelqu’un d’autre : en revanche, en disant la vérité, nous le laisserions tuer un innocent. Dans ce cas, mieux vaut mentir, pour protéger la vie de quelqu’un, ou pour une autre noble raison, puisque nous aurions la faute du meurtrier sur la conscience et que nous serions en partie responsable de l’assassinat.

III – Ce qui compte, c’est surtout l’intention de celui qui ment ou qui dit la vérité

1. Toute vérité n’est pas forcément associée à une bonne intention.

En réalité, nous pouvons avoir de bonnes raisons de ne pas dire la vérité, tout comme nous pouvons également avoir de mauvaises raisons de dire la vérité ! Ce qui compte en réalité est l’intention du locuteur. En effet, toute vérité dite n’est pas forcément associée à une bonne intention. Celui qui dit la vérité peut aussi la dire avec l’unique intention de blesser une personne. Par exemple, dire à une personne peu attrayante et en grave surpoids, qui n’a pas confiance en elle, qu’elle est laide et obèse est une vérité ; mais la personne qui formule les choses de cette manière peut le faire uniquement pour la faire se sentir mal.

2. Attention aux mensonges entraînant des mensonges.

C’est donc essentiellement l’intention de celui qui ment (ou non) qui compte : le mensonge peut être moral et la vérité immorale dans certains cas, selon l’intention du locuteur. Mais même avec de bonnes intentions, celui qui dit un mensonge court un risque : celui de se laisser entraîner par ses mensonges et d’enchaîner mensonge sur mensonge afin de rester crédible. Dans ce cas, si mentir, par omission ou non, peut partir d’une bonne intention, continuer à ne pas dire la vérité ferait de cette personne une personne immorale.

Conclusion

Ainsi, ne pas dire la vérité en mentant ou en mentant par omission semble être immoral. La vérité paraît préférable à un mensonge. Mais parfois, nous pouvons avoir de bonnes raisons de mentir : ne pas dire la vérité serait préférable et même légitime. Ce qui nous permet d’établir ce qui est le plus moral entre dire la vérité et ne pas la dire est l’intention de celui qui s’exprime : toute vérité n’est pas associée à une bonne intention, et le mensonge peut parfois être bienveillant.

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