Introduction
« Tu n’aurais pas dû dire cela, ça m’a blessé » est une expression que l’on peut entendre au quotidien. Cela signifie que les mots que l’on prononce auraient un impact concret sur notre entourage. Nous sommes donc amenés à nous poser la question suivante : les mots ont-ils un pouvoir ? Cette question nous invite à réfléchir sur les conséquences de notre emploi des mots. Ceux-ci peuvent en effet influencer notre entourage, mais également avoir une plus large portée et impacter le monde. Et cet impact peut être bénéfique comme néfaste, selon la manière dont ils sont employés : les mots sont donc un instrument. Mais d’un autre côté, les mots sont limités : ce sont des unités de sens, écrites ou prononcées, qui restent abstraites. Difficile alors de conférer un pouvoir à quelque chose d’abstrait, qui n’a aucune existence physique et réelle. Dès lors, il s’agira de se demander dans quelle mesure les mots peuvent être instrumentalisés en tant qu’outil impactant les hommes. En apparence, il semblerait que les mots, étant abstraits, n’aient pas la capacité d’impacter le monde. Or, en réalité, ils peuvent tout de même posséder un certain pouvoir. C’est pourquoi il faut faire attention à l’instrumentalisation et à l’emploi des mots, parce que les conséquences peuvent être terribles.
I – Les mots n’impacteraient pas le monde.
- Les mots sont abstraits et n’occasionnent aucun changement, car ils ne modifient pas la réalité.
Le pouvoir des mots doit être nuancé, en tant qu’ils sont abstraits et n’ont aucun pouvoir réel sur le monde. De par leur nature, ils ne peuvent donc pas avoir de conséquence sur le monde matériel, puisqu’ils sont incapables de le modifier. C’est exactement en ce sens qu’il faut d’ailleurs interpréter l’expression « paroles en l’air » ! Les mots servent à retranscrire une pensée, à exprimer une idée, à partager son point de vue, à communiquer : en ce sens, ils n’ont pas le pouvoir de transformer le monde parce qu’ils n’engendrent pas d’action. Par exemple, dire « il pleut » ou « je suis riche », ne fera pas venir la pluie et ne nous rendra pas riche ! Ce n’est pas parce que des mots formulent quelque chose, que cette chose devient une vérité ou qu’elle se produit.
- Les mots sont illusoires et vains.
En outre, les mots sont vains et n’ont même pas le pouvoir d’accomplir leur rôle premier : transmettre une pensée, un message, une idée, exprimer un sentiment ou permettre la communication. Ils sont en effet limités par leur nature même : ils sont figés, impersonnels. C’est la thèse soutenue par Bergson : les mots ne peuvent pas exprimer authentiquement les pensées, puisque nos sentiments sont personnels, contrairement aux mots qui ne le sont pas. Ils n’ont donc même pas le pouvoir d’accomplir leur raison d’être. Par exemple, dire « je t’aime » à sa mère, à son ami, à sa sœur, à son enfant… ne traduit pas le même sentiment selon le destinataire et selon le locuteur. Pourtant, la formule reste la même !
II – Pourtant, les mots peuvent changer le monde.
- Les mots permettent de divulguer des idées qui vont changer les mentalités.
Or, force est de constater que les mots peuvent tout de même avoir un impact sur le monde. En effet, les mots peuvent avoir le pouvoir de changer les mentalités. Grâce aux mots, les idées se diffusent, et certains peuvent se rallier à une cause parce que le discours tenu aura été convaincant ou persuasif. Nombreuses sont les figures célèbres pour leurs idées et pour leurs discours, parce que grâce aux mots, ces personnes ont su s’exprimer et changer les modes de penser, afin de faire évoluer le monde. Citons par exemple Martin Luther King, qui, grâce à son discours « I have a dream », a permis aux populations d’ouvrir les yeux sur les inégalités et le racisme, et d’engendrer un changement.
- Le changement est peut-être plus lent mais plus durable : le pouvoir des mots est la mémoire.
C’est pourquoi il faut nuancer l’absence de pouvoir des mots. Les mots ont un pouvoir, peuvent engendrer un changement, que ce soit dans le monde ou dans les mentalités. La seule différence est que ce changement est plus lent, mais il est également plus durable. C’est en ce sens que l’on comprend pourquoi les textes de loi, les Constitutions, les œuvres littéraires, perdurent dans le temps : rappelons avec Benjamin que c’est la mémoire qui fait de l’homme ce qu’il est, et sans mots pour formuler son histoire, il ne peut ni la transmettre ni l’inscrire dans le temps. C’est la raison pour laquelle les écrits des hommes sont conservés et enseignés : les mots ont le pouvoir de conserver la mémoire de l’humanité.
- Les mots ont le pouvoir de faire de l’homme ce qu’il est.
Les mots font partie du langage humain, et cette forme de langage est un élément constitutif de son humanité. En effet, les mots sont un mode de communication propre à l’être humain, qui établit ainsi sa différence par rapport aux autres animaux : ils lui donnent un pouvoir supérieur, celui de s’organiser en société. C’est ce que sous-entend Aristote en écrivant que « l’homme est un animal politique » : parce qu’il peut utiliser les mots pour formuler ses pensées et s’organiser en cité, il possède une forme de supériorité sur les autres êtres vivants. Alors que dans les sociétés animales, c’est la loi du plus fort qui règne, les mots ont le pouvoir de permettre à l’homme de s’organiser en démocratie, de défendre ses idées et de voter pour le candidat qui incarne le mieux son mode de penser !
III – C’est parce que les mots ont un pouvoir qu’il faut faire attention à leur emploi
- Impact négatif (méchanceté, manipulation, propagande…)
Ainsi, malgré leur nature immatérielle et abstraite, les mots ont pourtant un pouvoir. Il faut donc les manipuler avec précaution : des mots cruels, violents, peuvent blesser une personne et avoir un grand impact sur celle-ci, sur sa confiance en elle et sur ses actions. Cela peut même aboutir à un drame. Et les mots peuvent aussi avoir un impact sur une collectivité entière, s’ils sont employés à des fins de propagande : pensons par exemple à Hitler, qui a endoctriné la foule afin de parvenir au pouvoir. Les mots détiennent donc un pouvoir dangereux : ils sont une arme néfaste, s’ils servent aux discours haineux, sèment la peur et incitent à la violence.
- Impact positif (valorisation, confiance en soi…)
Mais force est de constater que les mots ont aussi un impact bénéfique. Certes, il faut faire attention à ce que l’on dit pour limiter leurs conséquences négatives, mais employés correctement et avec de bonnes intentions, le langage a le pouvoir de réconcilier et de tirer vers le haut. Par exemple, les discours bienveillants, encourageant la paix et incitant à accomplir une plus haute humanité, ou les conversations durant lesquelles un interlocuteur en valorise autre engendrent un impact très positif, sur l’individu et sur la communauté.
Conclusion
Ainsi, les mots détiennent un certain pouvoir. Comme ils sont abstraits et immatériels, de prime abord, nous pouvons penser qu’ils n’ont aucun impact sur le monde ni sur qui que ce soit. Mais en réalité, ils sont extrêmement puissants et s’ils contribuent à faire de l’humanité ce qu’elle est, il faut faire preuve de prudence à leur égard : ils peuvent avoir un effet très positif, mais également dévastateur.
