La nature fait-elle bien les choses ?

Introduction

« La nature fait bien les choses » est une expression que l’on entend couramment lorsqu’une personne est impressionnée par l’adaptation d’une espèce, par exemple. Or, parfois, il est possible d’en douter : la mort, la maladie, la souffrance existent et pourraient nuancer cette affirmation. Cela nous amène à nous poser la question suivante : la nature fait-elle vraiment bien les choses ? Tout est créé pour le mieux, la nature se régule et évolue pour s’adapter au mieux aux changements. Pourtant, l’homme effectue de nombreuses transformations, ce qui sous-entendrait que la nature serait imparfaite et qu’elle ne fait pas si bien les choses que cela. N’y a-t-il pas des manquements ? Est-ce que bien faire les choses, c’est les faire pour le mieux ? Est-elle parfaite ? De plus, se demander si la nature fait bien les choses implique de se demander si cela repose sur une intention (ou sur le hasard), et pour qui ou quoi elle les ferait bien : n’y aurait-il pas des êtres qui bénéficieraient des actions de la nature au détriment d’autres ? Ainsi, il s’agira de se demander dans quelle mesure peut-on affirmer que la nature se suffit et ne nécessite aucune modification. En apparence, il semblerait que la nature fasse les choses le mieux possible. Or, en réalité, il y a des manquements. En vérité, tout dépend du point de vue adopté.

I – La nature fait bien les choses : elle les fait même le mieux possible.

1. Elle fait bien les choses car tout est organisé

La nature fait bien les choses, elle les fait même le mieux possible. En effet, la nature se compose d’une infinité d’éléments d’ordre animal, végétal, cosmologique… qui parviennent à exister et à coexister entre eux. Aucun élément naturel n’est inutile, ils ont tous un rôle : la nature est extrêmement organisée, comme le souligne Aristote en mettant en valeur l’idée qu’elle crée tout pour une raison, et que si quelque chose n’est pas réussi, cela est dû au hasard, et non à une mauvaise intention de la nature. Par exemple, les êtres vivants peuvent se nourrir grâce à la chaîne alimentaire, chacun est un maillon de cette chaîne, aucun être vivant n’est inutile : tout est organisé pour que tout être puisse se nourrir et servir de nourriture aux autres.  

2. Tout existe en vue d’une fin

La nature fait bien les choses, elle les fait même le mieux possible. En effet, rien de ce qu’elle fait n’est néfaste ou sans but, et si jamais quelque chose est perçu comme négatif (la maladie, les mauvais sentiments…) c’est parce que derrière se cache une intention positive. C’est dans cette perspective que s’inscrit Leibniz et sa philosophie optimiste : pour lui, on vit dans le meilleur des mondes possibles. Parmi une infinité de mondes possibles, c’est notre monde actuel qui est le meilleur. Et si la souffrance, le mal, la douleur existent, ce n’est que parce qu’ils sont les conditions d’accès à un progrès vers le bonheur. Par exemple, une personne qui ne connait pas de sentiments négatifs ne connaitrait donc pas de plaisir intense, par opposition à ces sentiments négatifs. Au contraire, une personne qui a connu des moments douloureux appréciera d’autant plus le bonheur qu’elle ressentira une fois ces souffrances passées.

3. C’est Dieu qui fait la nature, donc elle fait bien les choses.

Enfin, il faut rappeler la thèse religieuse : c’est Dieu qui a fait la nature, et Dieu a les meilleures intentions du monde, donc la nature fait les choses au mieux puisqu’elle a été créée pour cela. C’est ce qu’avance Descartes : les lois de la nature sont des lois mathématiques donc des vérités puisqu’elles découlent de Dieu. D’où le fait que la nature n’ait aucune faille. Mais si l’homme pense qu’elle en a, cela montre simplement qu’il l’interprète mal ou qu’il connaît mal l’ordre des choses. C’est aussi pour cela que Leibniz avance que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles : parce que cette nature a été créée par Dieu ! 

II – Pourtant, il y a des manquements.

1. La nature peut être injuste et défavoriser des vivants au profit d’autres

Cependant, il est peut-être exagéré d’affirmer que la nature fait les choses le mieux possible, puisqu’il peut y avoir des manquements, des imperfections. En effet, certaines espèces ont des anomalies, d’autres ont disparu, certains êtres ont des maladies incurables… Comment penser dès lors que la nature n’a aucune faille ? C’est dans cette perspective que s’inscrivent les Epicuriens. Pour eux, ce ne sont pas les dieux qui ont tout inventé, tout créé, la nature a une existence indépendante de la création divine, les maux ne sont pas des châtiments divins mais simplement la preuve que la nature n’est pas pensée pour l’homme, ne s’adapte pas à lui ni aux autres espèces. Elle serait donc perfectible. Ainsi, par exemple, les maladies, la souffrance, la solitude, la mort… sont autant de maux qui existent parce que la nature ne fait pas forcément bien les choses pour les êtres vivants.

2. L’homme améliore la nature, parce qu’elle est perfectible

C’est pourquoi l’on comprend que l’homme améliore la nature, parce qu’elle ne ferait pas toujours bien les choses. En effet, nous venons de le voir, elle est perfectible : c’est donc le rôle de la technique de la modifier pour l’améliorer. C’est pourquoi Descartes encourage les hommes à manipuler les objets scientifiques et naturels afin de les comprendre et de savoir les expliquer, pour pouvoir dominer la nature. Effectivement, la connaissance de la physique peut « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Par exemple, manipuler dans le cadre d’expériences scientifiques les différents microbes et virus pour mieux connaître les maladies permet à l’homme de créer des vaccins, des médicaments, permettant de soigner les êtres malades, afin d’avoir une influence, donc une forme de contrôle, sur la nature perfectible qui rend possible l’existence de ces maux.

III – Tout dépend du point de vue adopté !

1. La nature ne choisit pas, elle fait simplement les choses et c’est le point de vue adopté qui fait que c’est bénéfique ou néfaste, selon si on bénéficie ou si on subit.

 Pourtant, force est de constater que si l’on considère la nature comme le milieu dans lequel se développe la vie, comme tous les éléments qui préexistent à toute influence de l’homme, et non comme l’invention de Dieu ou comme une entité dotée d’une intention, la nature ne choisit pas de bien faire ou de mal faire les choses. En effet, c’est le point de vue adopté qui fera qu’on considèrera que les choses sont bien faites ou mal faites, selon si l’on bénéficie de ce qui est fait ou si on le subit. Par exemple, une espèce animale qui est une proie trouvera que la nature fait mal les choses parce qu’elle est constamment en danger, alors qu’une espèce animale qui est un prédateur considèrera que la nature fait bien les choses parce qu’elle n’est pas en danger.

2. Les manquements de la nature sont juste adaptations au changement.

Nous pouvons également considérer que les manquements de la nature ne sont pas des failles ou des preuves qu’elle fait mal les choses, mais que ce sont au contraire des adaptations au changement et aux nouveaux enjeux. En effet, dans cette optique, la nature ferait donc très bien les choses puisqu’elle aurait la capacité de s’adapter à sa propre évolution ! C’est dans cette perspective que s’inscrit la théorie de l’évolution de Darwin. Les espèces sont en perpétuelle transformation parce qu’elles s’adaptent constamment. Par exemple, l’homme préhistorique n’avait pas le même physique que l’homme actuel : il était bien plus poilu, parce qu’il devait s’adapter aux températures très basses et n’avait pas beaucoup de moyens de s’en protéger. Au contraire, aujourd’hui, nous ne sommes pas aussi poilus, parce que nous avons de très nombreux moyens de nous protéger du froid.

3. La nature est perçue comme insuffisante par l’homme car il a des exigences qui évoluent avec la technique, mais c’est dans sa nature de vouloir dépasser la nature

Seul l’homme percevrait la nature comme insuffisante ou faisant mal les choses, parce que les autres êtres vivants ne peuvent avoir ces capacités de réflexion. Si l’homme la considère comme perfectible, c’est aussi parce que ses exigences évoluent avec la technique, et parce que c’est dans sa nature d’avoir l’orgueil de vouloir dépasser la nature par la technique ! Dès lors, est-ce donc vraiment un manquement de la part de la nature, ou plutôt des caprices de l’homme ? C’est dans cette perspective que s’inscrit Rousseau : l’usage démesuré de la technique rend l’homme dépendant de celle-ci. Il en perd donc sa nature humaine et devient faible, perd sa liberté, puisqu’alors qu’à l’état de nature il était capable de bien vivre sans artifice, lorsqu’il cède aux inventions techniques, il ne peut plus vivre sans ! Par exemple, l’homme, qui était aux origines un être nomade, invente de nombreux moyens de transport afin de se déplacer plus facilement et plus rapidement. Mais ce faisant, il en devient dépendant et rechigne à marcher quelques kilomètres s’il ne peut pas prendre la voiture : il en perd donc sa liberté de déplacement !

Conclusion

Ainsi, la nature semble faire les choses de la meilleure manière possible : tout est organisé, tout existe en vue d’une fin. Mais il faut nuancer cette affirmation : si c’était réellement le cas, il n’y aurait pas certaines failles ; la nature ne défavoriserait pas certains vivants, et l’homme n’aurait pas besoin de l’adapter par la technique. Finalement, tout dépend du point de vue adopté : selon si nous bénéficions ou subissons, la nature fait bien ou mal les choses.

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