Qui est Simone Schwartz-Bart ?
Elle naît en 1938 en Charente-Maritime, mais ses parents sont guadeloupéens et elle grandit en Guadeloupe. Elle déménage à Paris pour sa terminale et ses études de droit. Elle y rencontre André Schwartz-Bart, qui deviendra son mari. Il est déjà écrivain : il vient de publier Le Dernier des Justes, oeuvre qui dénonce l’antisémitisme et l’holocauste et qui sera récompensée du Prix Goncourt en 1959.
Ils écrivent ensemble Un plat de porc aux bananes vertes, roman publié en 1967, qui traite de l’esclavage. Et 5 ans plus tard, en 1972, Simone Schwartz-Bart publie Pluie et vent sur Télumée Miracle. Elle publiera d’autres oeuvres (Ti jean l’horizon, Ton beau capitaine, Hommage à la femme noire…).
En 2006, le ministère de la Culture lui décerne le titre de commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
Pluie et vent sur Télumée Miracle
Nous nous situons en Guadeloupe, et l’oeuvre retrace plusieurs générations sur plusieurs décennies. En 1848, l’esclavage dans les colonies françaises est aboli. Mais ce n’est pas pour autant que c’est la fin des inégalités. Les femmes sont souvent les premières victimes : exploitées, abandonnées.
Simone Schwartz-Bart présente la culture créole et l’importance de l’entretenir sans la dénaturer. Elle se compose de langues, de croyances, de coutumes, présentées dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, récit de mémoire collective antillaise qui prend aussi la forme d’un conte transmis de génération en génération.
Simone Schwartz-Bart a vraiment rencontré Télumée, qui, pour elle, incarne la Guadeloupe : « Il y a des personnes qui à elles seules représentent un pays » ; « Quand elle est morte, j’étais en Suisse et j’ai senti à ce moment-là que perdant cette femme, je perdais mon pays si je n’arrivais pas à la ressusciter, à la faire revivre. » Télumée permet à Simone Schwartz-Bart d’entretenir son lien avec son île, la Guadeloupe…
Résumé
Partie 1 : « présentation des miens ». Télumée fait la chronique de ses aïeuls, surtout des femmes. L’esclavage vient d’être aboli et elle présente son arrière-grand-mère, Minerve, enceinte d’un homme qui l’abandonne. Elle retrouve l’amour auprès de Xango et met au monde une fille, Toussine.
Toussine grandit et épouse Jérémie, un pêcheur avec lequel elle a des jumelles: Eloisine et Méranée. Mais le malheur frappe : « Malheur à celui qui rit une fois et s’y habitue, car la scélératesse de la vie est sans limites et lorsqu’elle vous comble d’une main, c’est pour vous piétiner des deux pieds » : leur maison brûle, Méranée meurt, Jérémie et Toussine dépriment. 3 ans plus tard, elle tombe enceinte et accouche d’une petite Victoire, l’espoir renaît : « Toussine était une femme qui vous aidait à ne pas baisser la tête devant la vie« . Toussine est appelée « Reine Sans Nom. »
Victoire est la mère de Télumée. Elle a une soeur, Régina, qui vit avec son père biologique à Basse-Terre et qui peut aller à l’école. Télumée, elle, est confiée à sa grand-mère Toussine à l’âge de 10 ans. Elle vit à Fond-Zombi.
Partie 2 : « Histoire de ma vie ». Télumée raconte son histoire. Elle tombe amoureuse d’Elie et veut construire une case avec lui. Alors, elle travaille chez Madame Desaragne, une femme blanche raciste : « le nègre est le nègre et depuis que la musique du fouet a quitté leurs oreilles, ils se prennent pour des civilisés. » Quant au mari, Monsieur Desaragne, il tente de l’agresser sexuellement.
Finalement, Télumée et Elie emménagent ensemble ; mais le bonheur ne dure pas : Laetitia, une amie d’enfance de Télumée, la menace : « danser trop tôt n’est pas danser… alors un conseil, ne te réjouis pas encore. »
Elie commence à boire et à frapper Télumée. Il la trompe avec Laetitia, et la chasse. Alors, Télumée se réfugie chez Toussine, qui meurt peu après. Man Cia, amie de sa grand-mère Toussine, l’aide à faire son deuil ; mais c’est une femme un peu sorcière, et elle se volatilise. Olympe, une autre femme, lui tend la main, la nourrit et l’emmène travailler dans les champs, emploi très redouté car il rappelle le passé esclavagiste.
Télumée tombe amoureuse d’Amboise, mais celui-ci se fait tuer. Alors, Télumée se tourne vers les autres en mettant en application les remèdes transmis par Man Cia. Elle soigne une petite fille abandonnée, Sonore. Elle accueille un sans-abri, l’ange Médard, mais il incarne le mal : il manipule Sonore, qui disparait, et tente de tuer Télumée. Télumée reçoit un surnom : « Télumée Miracle« , car elle a traversé d’immenses épreuves et s’en est toujours sortie tête haute. « Mais pluies et vents ne sont rien si une première étoile se lève pour vous dans le ciel, et puis une seconde, une troisième, ainsi qu’il advint pour moi, qui ai bien failli ravir tout le bonheur de la terre. »
Télumée, très âgée, recroise Elie, qui cherche à se faire pardonner, mais elle refuse.
Parcours associé : « Tisser les mémoires, habiter le monde ».
Tisser les mémoires, cela veut dire entretenir et transmettre notre histoire personnelle, familiale, et humaine : il s’agit de témoigner pour ne jamais oublier la souffrance, la cruauté, la douleur. Tisser, c’est relier des fils entre eux : et c’est exactement ce que fait Télumée en retraçant l’histoire des femmes de sa famille.
Les liens entre Minerve, Toussine, Victoire et Télumée sont forts : « Les cases ne sont rien sans les fils qui les relient les unes aux autres, et ce que tu perçois l’après-midi sous ton arbre n’est rien d’autre qu’un fil, celui qui tisse le village et qu’il lance jusqu’à toi, ta case. » explique Toussine, la Reine Sans Nom. Chaque femme représente un fil de l’histoire et de la culture antillaise, et entrelacés, ces fils entretiennent cette mémoire de plusieurs manières.
Tout d’abord, par la parole, grâce aux récits racontés de génération en génération, aux croyances et aux sorcelleries partagées. Tisser les mémoires, ça se fait aussi par écrit, et c’est ce que fait Simone Schwarz-Bart en racontant l’histoire de Télumée, de ses aïeules, en faisant de Télumée la narratrice de ce récit écrit à la première personne. Simone Schwarz-Bart et Télumée sont liées par leur culture et l’héritage de la colonisation et de l’esclavage.
Il s’agit de transmettre pour ne jamais oublier ce pan de l’histoire : la colonisation, l’esclavage et les traitements réservés aux femmes noires. Ce n’est pas parce que l’esclavage est aboli, que les inégalités le sont aussi : « Si tu veux voir un esclave, dit-elle [Man Cia] froidement, tu n’as qu’à descendre au marché de la Pointe et regarder les volailles ficelées dans les cages, avec leurs yeux d’épouvante. Et si tu veux savoir à quoi ressemble un maître, tu n’as qu’à aller à Galba, à l’habitation Belle-Feuille, chez les Desaragne. Ce ne sont que leurs descendants, mais tu pourras te faire une idée. »
Habiter le monde, c’est peupler le monde, mais aussi donner du sens au monde. C’est une relation à double sens : le monde accueille l’individu et en retour, l’individu façonne ce monde. Et ce monde est incarné par Toussine, parce qu’elle représente des valeurs comme la force, le courage, la résilience : « Toussine était tout au contraire un morceau de monde, un pays tout entier ».
Les lieux mentionnés sont aussi importants. L’Abandonnée est une ruine mais Toussine va la faire renaître. Fond-Zombi est en marge, pour se retirer de la vie ou aspirer à la solitude.
Mais ces femmes refusent de se laisser abattre, elles se battent pour un monde meilleur : « je mourrai là, comme je suis, debout, dans mon petit jardin, quelle joie !… » Tout comme certains hommes, notamment Amboise : « nous avons été battus pour cent ans, mais nous avons du courage pour mille ans. »
A venir !
