Qui est Emile Zola ?
Zola naît en 1840. Il grandit à Aix-en-Provence, où il s’occupe en lisant et en échangeant avec ses amis Paul Cézanne (futur grand peintre), et Jean-Baptiste Baille (futur scientifique). En 1858, il déménage à Paris, mais échoue au baccalauréat scientifique. Alors, il s’intéresse à la peinture et rencontre Manet, Renoir, Sisley, Pissarro…
Il travaille ensuite à la librairie Hachette et publie son premier livre, Contes à Ninon, en 1864. Dès l’année suivante, il vivra de sa plume en écrivant des contes, des articles et des romans-feuilletons. Il s’entourera de grands auteurs : Flaubert, Daudet, Maupassant…
De 1871 à 1893, il s’adonnera au projet de sa vie, les Rougon-Macquart : c’est un cycle de 20 romans, sous-titré « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». Tout comme un certain Balzac le fait avec sa Comédie Humaine, Zola va décrire avec précision la société de son temps à travers la grande famille des Rougon-Macquart.
Zola s’implique aussi en politique : il s’érige contre Napoléon III et prend parti dans l’affaire Dreyfus, en écrivant sa très célèbre lettre ouverte « J’Accuse » ! Il meurt en 1902, dans des conditions mystérieuses.
Pot-Bouille
Pot-Bouille est un roman naturaliste qui fait partie du cycle des Rougon-Macquart. Publié en 1882, il s’inspire d’évènements qui ont eu lieu en France entre 1861 et 1863 : nous sommes en plein Second Empire, sous le règne de Napoléon III. Et Zola, pour amplifier l’aspect réel de son roman (malgré le fait qu’il l’ait écrit 20 ans après les faits), n’hésite pas à faire référence aux élections législatives de 1863.
Pot-Bouille est un roman naturaliste. Cela signifie qu’il représente la société contemporaine de manière extrêmement réaliste, tout comme le fait le mouvement littéraire du réalisme. Mais il a un aspect plus scientifique, qui l’en distingue : tout comme les naturalistes, ces scientifiques qui étudient les espèces et les notions d’hérédité et de transmission, dans Pot-Bouille, Zola étudie le déterminisme, c’est-à-dire le fait que l’homme est déterminé par son hérédité puis par le milieu dans lequel il grandit.
Le titre Pot-Bouille renvoie à la cuisine ordinaire, peu appétissante. Cela renvoie à la réalité de la société bourgeoise de cet immeuble rue de Choiseul : le bâtiment est sublime, mais à l’intérieur, les familles sont médiocres. Les 18 chapitres se focalisent sur la description de ces familles et font une chronique de la vie de l’immeuble.
Résumé
Nous rencontrons le personnage principal, Octave Mouret, dès le premier chapitre. Il emménage dans l’immeuble. Dès le début, l’accent est mis sur le respect des conventions sociales : la maison est « habitée rien que par des gens comme il faut !« . Octave trouve du travail au Bonheur des dames, un magasin de tissus.
Les chapitres 2 et 3 se focalisent sur la famille Josserand, des bourgeois en manque d’argent. La mère accorde beaucoup d’importance aux apparences : « Mangez des pommes de terre, mais ayez un poulet, quand vous avez du monde à dîner… » (chapitre 3). Pendant un repas, les deux filles Josserand volent 20 francs à leur oncle en le faisant boire. Madame Josserand veut les marier à un homme fortuné et tente d’en faire des séductrices.
Chapitre 4, Octave tente de séduire Valérie Vabre. Mais il échoue : il se rapproche alors de Marie Pichon, qui est mariée et qui reste indifférente à ses avances. Alors il l’agresse sexuellement.
Chapitre 5, Octave Mouret se rend chez les Duveyrier. Il tombe sous le charme de Madame Hédouin, sa patronne, mais elle le repousse. Berthe, l’une des filles Josserand, est surprise avec Auguste Vabre. Ils doivent alors se marier.
Chapitre 6, on se focalise sur les bonnes de l’immeuble, qui sont de vraies commères et qui révèlent les mensonges des bourgeois qui se prétendent irréprochables.
Chapitre 7, les Josserand forcent l’oncle Bachelard à doter Berthe et chapitre 8, Berthe et Auguste se marient. Sauf que des commérages suite à une lettre retrouvée distraient les invités, qui ne s’intéressent plus à la cérémonie.
Chapitre 9, Marie est enceinte et Octave réalise qu’il est le père de l’enfant. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à séduire Caroline Hédouin, qui ne cède toujours pas : « Eh bien ! oui, je vous aime, cria-t-il. Oh ! ne me repoussez pas. Avec vous, je ferai de grandes choses… » ; « Je sais tout ça, on me l’a déjà dit… Mais je vous croyais plus intelligent que les autres, monsieur Octave. Vous me faites de la peine, vraiment, car j’avais compté sur vous. » Par orgueil, il démissionne du Bonheur des dames.
Chapitre 10, Monsieur Vabre fait une attaque et va mourir, mais ses enfants et les autres habitants ne se préoccupent que de son argent : « la maison ne s’occupait pas du malade : elle ouvrait la succession ». Forcément, c’est le propriétaire de l’immeuble.
Chapitre 11, désillusion : Monsieur Vabre est en réalité ruiné.
Chapitre 12, Berthe devient comme sa mère et réclame de plus en plus à son mari Auguste, qui peine à suivre. Ils se disputent. Elle se réconforte auprès d’Octave, qui lui fait des cadeaux. Mais ils sont surpris par Rachel, la bonne de Berthe.
Chapitre 13, Octave et Berthe cachés découvrent que les bonnes sont au courant, et qu’en plus, elles savent à quel point Octave est opportuniste et Berthe intéressée : Octave « se fiche absolument de la paroissienne. Il l’a prise pour se pousser dans le monde » ; et Berthe est « mal élevée, le cœur dur comme une pierre, se fichant de tout ce qui n’est pas son plaisir, couchant pour l’argent ».
Chapitre 14, Auguste Vabre les surprend, parce que Rachel les dénonce : la bonne de Berthe l’aidait à cacher sa liaison tant qu’on lui donnait de l’argent… Berthe se réfugie chez une autre famille, les Campardon, qui la repoussent, de peur que leur réputation ne soit entachée. C’est Marie Pichon qui l’accueille.
Chapitre 15, Auguste veut provoquer Octave en duel, mais Bachelard et Duveyrier l’y font renoncer.
Chapitre 16, les Josserand se disputent : Auguste quitte Berthe et part. La mère de Berthe est furieuse, elle gifle sa fille et insulte son autre fille, Hortense, qui attend la mort du bébé de la maîtresse de Verdier, qui est son amant, pour l’épouser.
Chapitre 17, c’en est trop pour Monsieur Josserand qui s’effondre et meurt. Duveyrier, magistrat, se sent humilié par sa maîtresse Clarisse qui le trompe. Il tente de se suicider, mais échoue, ce qui redouble le mépris que sa femme a pour lui. Madame Hédouin propose à Octave de se marier avec elle, par intérêt financier pour son magasin. Octave a déménagé de l’immeuble, et Berthe se fait pardonner par son mari.
Chapitre 18, Adèle, la bonne des Josserand, tombe enceinte. En effet, elle est sexuellement agressée par Trublot, ami d’Octave Mouret, et par Duveyrier, magistrat. Elle cache sa grossesse, et accouche dans le secret, souffrante et épuisée. Elle donne naissance à une petite fille, qu’elle abandonne dans la rue : « C’était une fille. Encore une malheureuse ! de la viande à cocher ou à valet de chambre comme cette Louise, trouvée sous une porte« . Et elle reprend ses fonctions pour ne pas attirer les soupçons.
Le parcours « dévoiler les rouages de la société »
Dévoiler les rouages de la société, cela veut dire révéler les mécanismes de la société, la manière dont elle fonctionne… ou dysfonctionne. Zola fait entrer son lecteur dans cet immeuble et surtout dans chaque appartement, pour nous permettre d’accéder à l’envers du décor et de fouiller partout. En accédant à l’intimité des familles, on voit au-delà des apparences ! Et surtout, on découvre la société telle qu’elle est réellement, parce que cet immeuble, c’est une sorte de version miniature de la société du XIXe siècle, parce qu’il abrite toutes les classes sociales.
Zola effectue une satire, c’est-à-dire une critique moqueuse de la société de son temps. Il dévoile une société caractérisée par le mépris. Les bourgeois se méprisent entre eux et ils méprisent les classes populaires. Les classes populaires et les domestiques méprisent la vie secrète des bourgeois, menteurs, infidèles, violents, hypocrites. C’est bien cette haine de la superficialité et des faux-semblants des bourgeois que l’on retrouve derrière les insultes du menuisier, chapitre 6 : « Ça ne veut pas de femmes chez soi, lorsque ça tolère, à chaque étage, des salopes bien mises qui mènent des vies de chien, derrière les portes… Tas de mufes ! tas de bourgeois ! »
Ce que Zola dévoile également, c’est que les apparences et l’argent comptent plus que tout : comme le répète madame Josserand plusieurs fois, « il vaut mieux faire envie que pitié. On a beau avoir reçu de l’instruction, si l’on n’est pas bien mis, les gens vous méprisent » (chapitre 2) ; « ayez de l’argent et vous serez considéré » (chapitre 16). D’ailleurs, elle se dispute très souvent avec son mari, à ce titre, puisque lui ne comprend pas l’intérêt de paraître riche devant tout le monde, alors qu’on n’arrive pas à se nourrir au quotidien : « Pourquoi s’habiller au-dessus de son rang et de sa fortune ? » (chapitre 12). Ça se vérifie aussi chez les autres habitants de l’immeuble rue de Choiseul ! Sauf Clotilde, qui pleure sincèrement la mort de son père Vabre…
L’hypocrisie caractérise donc cette société qui joue un rôle, d’où la présence du vocabulaire du théâtre, comme au chapitre 3, lorsque Berthe « récita joliment son bout de rôle » lorsqu’elle rencontre Octave. Les mensonges sont omniprésents, et finalement, la vérité et l’honnêteté se trouvent chez les classes sociales les plus basses… les domestiques !
Face à ces personnages en déchéance, symboles de cette société repoussante, l’abbé Mauduit porte un regard lucide sur la réalité : « l’heure sonnait-elle de ne plus couvrir du manteau de la religion les plaies de ce monde décomposé ? » « la force d’aller plus en avant dans la misère humaine l’abandonnait ; il agonisait d’impuissance et de dégoût. » (chapitre 17).
A venir !
