Introduction
La vérité se définit par l’adéquation parfaite entre nos pensées et la réalité, elle est unique et universelle. Pourtant, parfois, ce que l’on tenait pour vrai est remis en question. Cela nous amène à nous poser la question suivante : la vérité peut-elle changer ? Ce sujet pose un problème capital puisqu’il interroge la définition même de la vérité. Par définition il semblerait que la vérité ne puisse pas changer. Mais d’un autre côté, il semble difficile de savoir quand nous atteignons une vérité certaine : ce qui est considéré comme vrai un jour peut être falsifié le lendemain. Est-ce la vérité qui change, ou notre conception précédente était-elle une erreur ? De plus, la vérité dépend des perceptions individuelles : nous n’avons pas tous le même regard sur le monde qui nous entoure ; ce qui est vrai pour l’un peut être faux pour un autre. La vérité dépend aussi de nos interprétations personnelles. Ainsi, il s’agira de se demander dans quelle mesure il est possible d’affirmer que la vérité est évolutive et non définitive. En apparence, il semblerait que la vérité ne puisse changer. Or, en réalité, elle peut évoluer selon les points de vue adoptés. En vérité, ce n’est pas elle qui change mais notre regard sur le monde qui s’affine.
I – La vérité ne peut pas changer
- Par définition, elle est toujours la même
En apparence, il semblerait que la vérité ne puisse pas changer. En effet, par définition elle est toujours la même : rappelons-le, la vérité est cette adéquation parfaite entre nos pensées et la réalité, elle est universelle donc valable pour tout le monde, en toute époque, en tout lieu, en toute société. Elle répond également à une exigence de neutralité. Donc il semblerait qu’elle ne puisse pas être nuancée et dépendre de chacun : soit nous connaissons la vérité, soit nous ne la connaissons pas. C’est ce que souligne Socrate dans le dialogue Théétète de Platon : la vérité est unique et universelle, personne ne peut avoir une vérité différente des autres. Ainsi, un calcul mathématique sera toujours vrai ou faux, et une même opération ne peut pas obtenir deux résultats différents, parce que la vérité (ici mathématique) est universelle et détachée de tout point de vue.
2. La vérité est définitive, aucune évolution possible
En outre, la vérité ne peut évoluer : soit l’homme l’a atteinte, soit il ne l’a pas atteinte. Une vérité qui change n’est autre qu’une erreur corrigée. En effet, la vérité est définitive et toute perspective d’évolution est impossible pour cette raison. Elle ne s’adapte pas aux points de vue des individus, au contraire c’est à eux de changer leurs perspectives pour l’atteindre. C’est ce que l’on remarque par exemple à travers l’étude de la planète Terre ! Comme le souligne la révolution induite par Galilée, lorsqu’il a découvert que la terre n’était pas plate, mais ronde, la vérité ne peut évoluer : l’affirmation « la terre est plate » n’a jamais été vraie, il s’agit simplement d’une erreur qui a été corrigée et remplacée par la vérité définitive : la terre est ronde.
II – La vérité peut évoluer selon les points de vue adoptés
- Elle dépend de notre culture et de notre éducation
Pourtant, force est de constater que la vérité peut tout de même connaître une certaine évolution, ou tout du moins, dépendre aussi d’autres facteurs nuançant ce critère de neutralité. En effet, la vérité dépend également de notre culture, de notre éducation et de nos croyances. Cela signifie qu’un même évènement peut avoir deux interprétations différentes mais vraies selon le point de vue. Par exemple, si une personne survit à un grave accident, un athée dira qu’elle a eu beaucoup de chance, et un croyant dira que Dieu l’a sauvée. Ces deux affirmations sont vraies puisqu’elles dépendent de la culture et de la religion de chacun, pourtant elles sont différentes.
2. Elle est relative
En outre, la vérité dépend également du point de vue et des perceptions de chacun. En effet, chacun porte en lui une forme de vérité sur lui-même et sur le monde qui l’entoure, et cette vérité sera obligatoirement différente de celle des autres. C’est ce que souligne Protagoras dans le dialogue Théétète de Platon : pour lui, la vérité est relative et non universelle, puisque chacun de nous est possesseur d’une forme de vérité. Par exemple, personne n’a la même perception des couleurs : chaque individu perçoit des nuances différentes. Cela ne signifie pas que les perceptions individuelles sont fausses, simplement qu’il y a autant de points de vue – donc de vérités – qu’il y a d’individus !
III – Ce n’est pas la vérité qui change mais notre regard sur le monde qui s’affine
- L’historicité de la vérité
Toutes ces considérations nous invitent à étudier le caractère historique de la vérité. En effet, si les hommes corrigent leurs erreurs d’interprétation du monde au fur et à mesure du développement de leur espèce, c’est parce qu’ils parviennent à se perfectionner, et à créer des outils plus précis, qui leur permettent de mieux analyser le monde qui les entoure. C’est ce que souligne Thomas Kuhn lorsqu’il met en valeur ce caractère historique de la vérité : la vérité est relative à une époque, chaque époque permet de corriger les fautes d’interprétation et donc d’atteindre une plus grande vérité. Donc chaque élément considéré comme une vérité et corrigé par la suite reste tout de même une vérité : celle d’une époque, des considérations, points de vue et avancées de cette période.
2. Certaines vérités peuvent être différentes, d’autres non.
Ainsi, ce qui importe est de constater que certaines vérités peuvent changer, contrairement à d’autres. Tout dépend du domaine auquel elles se rattachent. En effet, une vérité d’ordre scientifique, comme une vérité mathématique, physique ou géologique, ne pourra changer ni évoluer. En revanche, une vérité concernant un phénomène ou un point de vue peut changer et différer selon les individus puisqu’elle nécessite l’intervention de la perception d’une personne, qui par définition est singulière et unique, et non universelle.
3. L’homme ne peut que s’approcher de la vérité, elle est difficile d’accès
Enfin, force est de constater qu’il nous reste une question en suspens : si la vérité est en partie évolutive et changeante, si elle dépend d’un point de vue, existe-elle véritablement ? Pouvons-nous un jour parvenir à une vérité certaine et universelle, indubitable ? L’homme ne peut que s’approcher de la vérité, sans forcément savoir avec certitude s’il l’a atteinte : c’est ce que souligne Platon dans son allégorie de la caverne. Le chemin vers la vérité est long et fastidieux, on ne sait jamais quand on s’en approche, ni quand on va l’atteindre. Mais il en vaut la peine !
Conclusion
Ainsi, par définition, la vérité ne peut pas changer, elle est l’adéquation parfaite entre ce qu’on pense ou dit et la réalité, et elle est universelle : parce qu’elle est définitive et n’évolue pas, elle est toujours la même. Pourtant, selon les points de vue, elle pourrait être interprétée différemment : certaines vérités peuvent être relatives à une perception ou à une culture, entre autres. Mais en réalité, ce n’est pas la vérité qui change, mais notre regard sur le monde : la vérité possède un caractère historique, et toutes les vérités ne sont pas à étudier de la même façon : certaines vérités relatives aux sciences humaines peuvent évoluer selon les individus, contrairement aux vérités scientifiques. Mais si certaines évolutions sont possibles, cela montre aussi que la quête de vérité est complexe : l’homme ne peut parfois que s’en approcher.

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