Introduction
« Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire » est une expression que l’on entend couramment quand quelqu’un veut s’excuser d’avoir été maladroit avec ses mots. Cela montre bien à quel point trouver les bons mots peut être complexe. Cela nous amène à nous poser la question suivante : est-il toujours possible de trouver les mots justes ? Ce sujet implique de réfléchir sur notre usage du langage et sur les conséquences d’une mauvaise utilisation des mots, au sens où on emploierait des termes inadaptés à une situation. Se demander s’il est possible de trouver les mots justes implique de penser à des situations délicates qui justifieraient ce besoin de faire preuve de prudence avec le langage, nécessitant une recherche du vocabulaire adapté. Il semblerait qu’au vu de la profusion de mots, on puisse facilement trouver le terme adapté à une situation donnée. Mais les hommes sont très différents, au niveau de leur sensibilité, de leur interprétation d’une situation… ce qui rend complexe cette tâche de déterminer le terme adapté. Ainsi, il s’agira de se demander s’il est envisageable de systématiquement trouver les termes adaptés pour traduire notre pensée sans froisser notre interlocuteur. En apparence, il semblerait que trouver le mot juste en toute circonstance soit possible. Or, en réalité, nombreuses sont les situations montrant les limites des mots. En vérité, il faut donc faire preuve de prudence vis-à-vis du langage.
I – Il est possible de trouver le mot juste en toute situation.
1. Les mots sont très nombreux : trouver le mot juste est toujours possible.
Il est toujours possible de trouver les mots justes, et ce, en toute situation. En effet, trouver le mot juste, c’est trouver le mot qui correspond au mieux à un contexte donné, qui ne froissera pas notre interlocuteur. Mais c’est aussi trouver le terme le plus fidèle à ce que l’on pense, celui qui retranscrira authentiquement nos pensées. Les mots étant nombreux, et les langues également, il semble facile de toujours trouver le mot juste puisque nous avons de multiples possibilités quant aux termes à employer, et si nous ne trouvons pas le terme adéquat en une langue, nous le trouverons en une autre. C’est d’ailleurs pour cette raison que Samuel Beckett, dramaturge du XXe siècle d’origine anglaise, décide d’écrire en français même si ce n’est pas sa langue maternelle : la langue française contient bien plus de mots et offre donc davantage de possibilités d’expression, rendant possible cette quête du mot juste.
2. Les mots peuvent tout dire, il suffit juste de faire l’effort de formuler sa pensée.
En outre, nous pouvons toujours trouver le mot juste si nous faisons l’effort nécessaire afin de bien formuler nos phrases. En effet, si nous faisons ce travail de formulation, de construction de phrase, si nous cherchons avec soin les mots les plus adaptés à nos pensées mais aussi à une situation donnée pour ne froisser personne, il est toujours possible de trouver le mot juste. C’est d’ailleurs à ce titre qu’Hegel qualifie de « pensée obscure » la pensée de quelqu’un qui ne fait pas l’effort de traduire en mots cette dernière : « Le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie ». Il peut donc n’y avoir aucun écart entre le mot et la pensée. Par exemple, durant des conversations délicates, les interlocuteurs peuvent chercher leurs mots, mettre du temps à formuler leurs phrases, parce qu’ils cherchent le mot juste et le trouver n’est pas toujours immédiat : mais cela ne signifie pas que c’est impossible !
II – Pourtant, de nombreuses situations montrent les limites des mots.
1. Les mots sont impersonnels, contrairement aux sentiments, qui sont personnels.
Pourtant, nombreuses sont les situations qui prouvent que les mots ont des limites, ce qui remet en question la réussite de la quête du mot juste. En effet, les mots sont impersonnels, contrairement aux sentiments, qui eux, sont personnels. C’est ce que souligne Bergson : le mot ne peut être juste parce qu’il y a un décalage entre le signe linguistique et la pensée : « La pensée demeure incommensurable avec le langage. » Cela se vérifie par exemple lorsque l’on dit « je t’aime ». Il ne s’agit pas du même sentiment selon la personne à qui l’on s’adresse : mari, femme, mère, père, enfant, ami… Pourtant, l’expression ne change pas ! Et même quand on le dit à son conjoint et que cela caractérise le sentiment amoureux, ce n’est jamais le même amour, puisque ce sentiment est perçu différemment par chaque personne. Trouver le mot juste serait donc une quête difficile voire impossible.
2. Les mots justes pour quelqu’un ne vont pas forcément être justes pour quelqu’un d’autre.
En outre, force est de constater l’existence d’une autre limite : nous l’avons vu, trouver le mot juste, c’est trouver le mot qui correspond à notre pensée profonde sans la déformer, mais aussi trouver le terme qui ne froissera pas notre interlocuteur dans les situations délicates. Dans ce deuxième aspect, un nouveau problème émerge : les mots justes pour quelqu’un ne vont pas forcément l’être pour une autre personne. En effet, les individus ont tous une sensibilité différente ; et le mot que nous considérons comme juste parce qu’il n’est pas vexant d’après nous peut l’être pour notre interlocuteur.
III – Il faut donc faire preuve de prudence vis-à-vis du langage.
1. Les mots ont un pouvoir qu’il ne faut pas sous-estimer.
La conséquence de nos remarques précédentes est la suivante : les mots ont un pouvoir qu’il ne faut pas sous-estimer, ils peuvent blesser s’ils ne sont pas justes, et impacter grandement un individu. En effet, les mots ne sont pas une arme concrète mais peuvent faire du mal à quelqu’un si on les emploie sans vraiment réfléchir. Par exemple, si nous taquinons une personne qui a des complexes sur ces derniers, cela peut être très mal pris et avoir de graves conséquences sur le moral de cet individu. C’est pourquoi il faut toujours manier le langage avec prudence, parce qu’il est difficile de trouver les mots justes qui ne blessent pas et qui retranscrivent ce que l’on pense, et facile d’employer des termes qui vont être mal interprétés et blesser, ou alors dépasser notre pensée, notamment sous le coup de la colère : nous pouvons dire des termes blessants qui ne correspondent pas forcément à ce que l’on pense réellement.
2. C’est pourquoi il faut toujours faire preuve de prudence, même si souvent, on ne peut pas trouver le mot adapté : il faut toujours essayer de s’en rapprocher.
Ainsi, il faut toujours faire preuve de prudence avec le langage. Et même si trouver le mot le plus adapté à une situation n’est pas simple, ni même possible dans certains cas, il faut toujours essayer de se rapprocher du mot juste. En effet, la parole est un attribut humain, elle nous permet de nous exprimer, de dire ce que l’on pense, de communiquer, de débattre, de nous faire comprendre… C’est pourquoi même s’il n’est pas toujours possible de trouver le mot juste, il faut toujours tout de même faire l’effort de se rapprocher de ce mot qui serait fidèle à notre pensée, ou qui conviendrait à des situations délicates en ne blessant pas notre interlocuteur : c’est un devoir moral inhérent à notre condition humaine, puisque nous disposons du langage, nous devons en faire bon usage. C’est d’ailleurs dans une perspective comparable qu’Aristote souligne que la nature ne fait rien en vain : parce que l’homme dispose de la parole, il peut donc s’exprimer avec justesse.
Conclusion
Ainsi, il est possible de trouver les mots justes, ceux qui s’adaptent à une situation, et ceux qui retranscrivent parfaitement la pensée. Pourtant, ce n’est pas toujours envisageable : les mots sont impersonnels et les sensibilités des individus sont extrêmement différentes. C’est pourquoi il faut faire preuve de prudence vis-à-vis du langage, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des mots.

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