Introduction
Chaque transformation de la nature par l’homme a un impact qui est souvent négatif : la plupart du temps, modifier la nature revient à la dégrader. Cela nous amène à nous poser la question suivante : respecter la nature, est-ce renoncer à la transformer ? Respecter la nature, c’est faire preuve de modestie et d’humilité en la protégeant et en ne faisant aucune action pouvant lui être nuisible. Par définition, toutes les transformations de la nature sont effectuées par l’homme et le sont nécessairement et généralement dans son intérêt à lui. Cela signifierait que modifier la nature reviendrait à servir les intérêts de l’homme plus que ceux de la nature. Pourtant, la transformation de la nature par l’homme est-elle exclusivement néfaste ? Ne peut-elle pas avoir un impact neutre voire positif ? Ainsi, il s’agira de se demander si arrêter de transformer la nature est une condition nécessaire au respect de celle-ci. En apparence, il semblerait que le respect de cette dernière implique de renoncer à la transformer. Or, en réalité, l’homme peut tout de même la modifier sans que cela ne lui soit néfaste. En vérité, parfois, transformer la nature peut être une marque de respect vis-à-vis de celle-ci.
I – Respecter la nature implique de renoncer à la transformer
- La transformation par l’homme a des impacts négatifs
Pour respecter la nature, il faut cesser de la transformer. En effet, toute transformation de la nature semble avoir des impacts négatifs et néfastes pour celle-ci. C’est d’ailleurs ce qu’illustrent les catastrophes naturelles, de plus en plus nombreuses et récurrentes : elles sont la preuve que l’homme a trop transformé la nature, ce qui a créé un dérèglement. Par exemple, les inondations sont dues à l’excessive bétonisation, causée par les constructions humaines transformant les zones naturelles en villes, en construisant des routes, des habitations… et les conséquences sont désastreuses : nature détruite et catastrophes naturelles. Cela va donc contre le respect du milieu naturel.
2. Toute transformation de la nature ne sert pas ses intérêts mais ceux de l’homme
De plus, force est de constater que la transformation de la nature n’a pas pour objectif de servir la nature, mais de servir l’homme. Cela signifie que chaque modification effectuée l’est dans l’intérêt des humains et non de la faune et de la flore. C’est ce que souligne Rousseau, qui déplore que les actions humaines sur la nature aient un impact si négatif et ne servent que les intérêts de l’espèce humaine. Ainsi, dans cette perspective, transformer la nature revient à lui manquer de respect puisque les changements effectués la desservent entièrement. Par exemple, la construction de routes, d’habitations… sert à faciliter la vie de l’homme et c’est tout, alors qu’il vivait très bien sans ces commodités ! D’autant plus que ces constructions impliquent de détruire l’environnement : déforestation, chasse des animaux qui résidaient à ces endroits, et tout cela pour son propre plaisir et son confort. Les modifications de la nature faites par l’homme ne sont donc pas une preuve de respect et pour respecter la nature, il faut renoncer à la transformer.
II – Il ne faut pas nécessairement stopper toute action sur la nature pour la respecter
- Transformer la nature, ce n’est pas lui manquer de respect, mais la valoriser et mettre en relief son potentiel
Pourtant, force est de constater que transformer la nature n’est pas toujours un manque de respect vis-à-vis de celle-ci. En effet, certaines transformations peuvent valoriser la nature et son potentiel. Par exemple, l’homme peut transformer la nature en plantant des arbres, des fleurs, en aménageant le paysage, en soignant les plantes. Tout cela résulte d’une modification humaine qui n’est pas néfaste puisque justement elle respecte la nature et l’impacte positivement. En effet, la plantation d’arbres permet de créer des forêts qui vont absorber le dioxyde de carbone et atténuer la pollution de l’atmosphère.
2. L’homme peut transformer la nature sans avoir d’impact négatif sur celle-ci
En outre, toutes les transformations humaines ne sont pas négatives et irrespectueuses vis-à-vis de la nature. En effet, l’homme peut aussi agir sur la nature pour ses intérêts à lui mais sans lui manquer de respect. La relation unissant l’humain et le milieu naturel n’est pas une relation de domination exclusivement néfaste vis-à-vis de la nature. Au contraire, certaines transformations comme la construction d’habitations ne nécessitant pas la destruction de la faune ni de la flore n’ont aucun impact négatif sur la nature. Par exemple, les inuits construisent des igloos à partir de blocs de glace, afin de se protéger du froid : ils transforment les aménités de la nature en habitations, sans conséquence néfaste sur celle- ci.
3. L’homme doit transformer la nature pour survivre : ce n’est pas un manque de respect
En outre, transformer la nature n’est pas une marque d’irrespect mais une nécessité vitale pour l’homme, qui doit aménager son environnement afin de s’y adapter et de mieux y vivre. C’est ce que soulignent les épicuriens, pour qui l’humain doit modifier la nature parce que celle-ci n’est pas faite en fonction de l’homme. La transformer n’est donc en ce sens pas un manque de respect, mais une nécessité pour survivre : par exemple, les hommes sont obligés de construire des habitations afin de se protéger du froid, l’hiver. Comme le souligne Platon en présentant le mythe de Prométhée dans Protagoras, l’homme est faible face à la nature, et s’il ne dispose pas de moyens lui permettant de l’adapter à ses besoins vitaux, sa survie est en danger.
III – La transformation de la nature peut marquer une forme de respect vis-à-vis de celle-ci.
- Au contraire, transformer la nature peut revenir à la préserver
Pourtant, force est de constater que paradoxalement, dans certains cas, transformer la nature peut équivaloir à la respecter. En effet, toutes les actions humaines ne sont pas obligatoirement néfastes et mauvaises. Certains actes peuvent même viser à protéger la nature, ce qui revient à la respecter. Par exemple, quand l’homme plante des arbres, construit des abris pour les animaux, il transforme la nature : mais cette transformation est un acte de préservation.
2. S’adapter, ne pas dominer : l‘homme peut transformer la nature sans lui manquer de respect, s’il trouve un juste équilibre entre les intérêts du milieu naturel et les siens
Ainsi, l’homme doit trouver un juste milieu, un bon équilibre entre le respect de la nature et ses intérêts. C’est pourquoi les transformations de la nature doivent permettre à l’homme de s’adapter au milieu naturel, et non le dominer. C’est ce que met en valeur Hans Jonas en avertissant les hommes : l’usage excessif de la technique pour dominer la nature, en devenir « comme maître et possesseur » (Descartes), aura des conséquences terribles. C’est ce qu’on constate lorsqu’on étudie les conséquences du réchauffement climatique : l’homme a trop transformé la nature pour ses propres intérêts ; en résultent inondations, sécheresses, et autres évènements climatiques montrant que si l’humain ne respecte pas la nature et fait passer ses intérêts personnels en priorité, les conséquences sont terribles. Respecter la nature en la transformant avec parcimonie et prudence est une nécessité.
Conclusion
Ainsi, respecter la nature impliquerait de renoncer à la transformer, si les impacts sont néfastes pour elle. Mais dans certains cas, la modification de la nature par l’homme est une nécessité vitale pour celui-ci et n’a pas de conséquences négatives, et au contraire, peut même la mettre en valeur. C’est pourquoi la transformation de la nature peut aussi exprimer une forme de respect de l’homme pour celle-ci : il la préserve, il peut ne pas la dominer.

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