Qui est Bernard Le Bouyer de Fontenelle ?
Né à Rouen au sein d’une famille de magistrats, il accomplit des études de droit mais se tourne très vite vers la littérature. Neveu de Pierre et Thomas Corneille, ses premières productions littéraires ne connaissent pas le succès, jusqu’aux Nouveaux dialogues des morts, parus en 1683. Deux autres de ses œuvres auront un net succès : Histoire des oracles et Entretiens sur la pluralité des mondes. Cela lui permet d’entrer à l’Académie française en 1691, et à l’Académie royale des sciences en 1697. Il s’inscrit en faveur des Modernes dans la Querelle des Anciens et des Modernes : contre les Anciens qui sacralisent l’Antiquité et considèrent que les auteurs antiques sont des modèles de perfection à suivre et imiter, il prône de nouvelles formes artistiques en valorisant les progrès de la littérature depuis cette période.
Entretiens sur la pluralité des mondes
Leur succès est immédiat : les lecteurs ont adoré le fait que Fontenelle réussisse à vulgariser de grands concepts scientifiques de façon abordable et divertissante. Les Entretiens ont connu 33 rééditions du vivant de l’auteur, ce qui souligne leur vif succès. La science moderne est rendue accessible à tous, même si bien sûr, aujourd’hui, près de 350 ans après la première publication, les sciences ont invalidé certaines théories présentées dans cette œuvre.
Les Entretiens sont une conversation fictive entre un savant et une marquise, désireuse d’apprendre. Si aujourd’hui, cette posture de la femme peut sembler dévalorisante (elle serait inférieure à l’homme qui, lui, a des connaissances), ce n’est pas la vision qu’en avait Fontenelle : la marquise, dans ses Entretiens, est une femme qui a de l’esprit, qui est intelligente, et qui aide le savant à organiser sa pensée et ses réflexions.
Cette œuvre se divise en six entretiens, chaque entretien ayant lieu lors d’une soirée. Le savant et la marquise se retrouvent pour échanger, sous les étoiles, des propos scientifiques. Le sixième soir (entretien rajouté lors d’une réédition) a lieu longtemps après les cinq premiers.
Les Entretiens ont été publiés alors que le classicisme était en plein déclin, à bout de souffle. Mais nous y retrouvons l’idéal classique du placere et docere, « plaire et instruire » : Fontenelle veut amuser, divertir son lecteur tout en lui transmettant de véritables connaissances scientifiques. Il y parvient grâce à de nombreux ornements littéraires : le discours galant du philosophe qui séduit la marquise, la convocation de l’imagination et les références littéraires (comme la mention du poète Astolphe qui voyage sur la Lune), l’atmosphère nocturne onirique et douce, la répartie du savant et de la marquise, la joie intense engendrée par le bonheur des découvertes… Tout cela lui permet de transmettre des connaissances : en plus du ton galant, nous retrouvons une tonalité didactique et une intention pédagogique.
C’est ce qu’il annonce dès sa préface : « Je dois avertir ceux qui liront ce livre, et qui ont quelque connaissance de la physique, que je n’ai point du tout prétendu les instruire, mais seulement les divertir en leur présentant d’une manière un peu plus agréable et plus égayée ce qu’ils savent déjà plus solidement ; et j’avertis ceux pour qui ces matières sont nouvelles que j’ai cru pouvoir les instruire et les divertir tout ensemble. Les premiers iront contre mon intention, s’ils cherchent ici de l’utilité ; et les seconds, s’ils n’y cherchent que de l’agrément. »
Mais force est de constater que même si le but est de transmettre des vérités scientifiques, certains éléments fictionnels sont tout de même présents, comme le voyage du poète Astolphe sur la Lune, la question de la présence – ou non – d’autres habitants sur la Lune et sur les autres planètes, ou encore la possibilité d’un voyage dans l’espace. Ces derniers points, d’ailleurs, placent Fontenelle parmi les précurseurs de la science-fiction ! Cependant, les éléments de fiction sont faciles à repérer : Fontenelle ne tente pas de les faire passer pour des vérités, ce sont des ornements qui rendent le ton encore plus plaisant.
Résumé
Premier soir – « Que la Terre est une planète qui tourne sur elle-même, et autour du soleil » : le philosophe présente le cadre nocturne, agréable et onirique. Naturellement, la conversation prend un tour scientifique : « je me suis mis dans la tête que chaque étoile pourrait bien être un monde. Je ne jurerais pourtant pas que cela fût vrai, mais je le tiens pour vrai, parce qu’il me fait plaisir à croire. ». La marquise va alors l’interroger. Pour rendre son exposé divertissant, il va présenter la démarche scientifique et la comparer à un opéra : « les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu’ils voient, et à tâcher de deviner ce qu’ils ne voient point […] Sur cela je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’Opéra ». Cette analogie permet au savant de rendre accessible l’astronomie à un public non averti, plutôt mondain s’il fréquente ces lieux-là. Le philosophe s’appuie sur Descartes, pour réfuter des conceptions anciennes et présenter le mécanisme : la nature fonctionne comme une machine, et tout peut s’expliquer à partir de relations de causalité. Puis il présente la théorie héliocentrique de Copernic, selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil, et anticipe d’éventuels contre-arguments de l’ordre de la perception. Le philosophe s’érige également contre les Anciens dont les théories sont dépassées, et en faveur du progrès : « les Anciens avaient imaginé je ne sais combien de cercles différemment entrelacés les uns dans les autres, par lesquels ils sauvaient toutes ces bizarreries. » Il dénonce aussi la vanité des hommes et leur égocentrisme : « un philosophe dans un système se met au centre du monde, s’il peut. » Le savant aborde enfin le fait que la Terre tourne sur elle-même.
Deuxième soir – « Que la Lune est une Terre habitée » : le savant établit une comparaison entre la Lune et la Terre, et montre qu’elles sont assez similaires. Il avance alors que la Lune serait habitée : ce n’est pas parce que l’on ne voit pas d’habitants sur la Lune depuis la Terre qu’il n’y en a pas. Il effectue des explications sur un phénomène mal interprété : les éclipses. En les analysant scientifiquement, il montre qu’il est ridicule d’en avoir peur : « Je suis fort étonnée, dit la marquise, qu’il y ait si peu de mystère aux éclipses, et que tout le monde n’en devine pas la cause. » Après avoir mentionné un savant, Cassini, qui a cartographié la Lune, il propose un petit écart fictionnel : il fait référence à l’Arioste, et à son œuvre Roland furieux qui raconte le voyage d’Astolphe sur la Lune. Astolphe y va en chariot de feu, et y découvre un environnement similaire à celui de la Terre, mis à part certains éléments, comme un vallon contenant tout ce qui a été perdu sur Terre, des objets, des soupirs, des renommées, des esprits… Après cela, il aborde la question de l’identification exacte des habitants de la Lune : il ne prétend pas qu’ils sont humains, et avance même qu’un jour, grâce au voyage dans l’espace qui sera rendu possible par le progrès, nous découvrirons qui ils sont : « Nous n’en sommes pas encore là, parce que toute la Terre n’est pas découverte, et qu’apparemment il faut que tout cela se fasse d’ordre. Quand nous aurons bien connu notre habitation, il nous sera permis de connaître celle de nos voisins, les gens de la Lune. »
Troisième soir – « Particularités du monde de la Lune. Que les autres planètes sont habitées aussi » : de manière surprenante, le philosophe revient sur son affirmation précédente : la Lune ne serait pas habitée. L’explication est la suivante : l’air, l’atmosphère, ne sont pas identiques à ceux de la Terre. Cela déçoit la marquise, alors il avance l’hypothèse suivante pour la laisser se figurer que la Lune abrite la vie : si jamais la Lune est habitée, ses habitants sont très différents des humains. Puis, le savant se concentre sur le point de vue que l’on a depuis la Lune : on y voit le ciel, le Soleil, d’autres astres, les couleurs sont différentes, l’aube et le crépuscule n’existent pas. Après avoir étudié la Lune, le philosophe mentionne les autres planètes, et avance qu’elles aussi sont habitées. Cela rend la marquise perplexe, elle se confronte aux limites de l’esprit et de l’imagination : « Nos sciences ont de certaines bornes que l’esprit humain n’a jamais pu passer, il y a un point où elles nous manquent tout à coup ; le reste est pour d’autres mondes où quelque chose de ce que nous savons est inconnu. » Enfin, le savant effectue une comparaison entre les abeilles et les extraterrestres, afin que la marquise réalise que l’étrange peut aussi se produire sur la planète Terre.
Quatrième soir
« Particularités des mondes de Vénus, de Mercure, de Mars, de Jupiter et de Saturne » : le voyage continue et se focalise sur ces cinq planètes (et sur le Soleil) : « Il fallut donc se résoudre à ignorer les figures des habitants de toutes ces planètes, et se contenter d’en deviner ce que nous pourrions, en continuant le voyage que nous avions commencé. » Les caractéristiques de chaque planète, ainsi que les hypothèses concernant leurs habitants, sont évoquées. Le Soleil seul est inhabitable : « Il n’y a pas moyen d’y mettre d’habitants. […] Nous jugeons, par la Terre qui est habitée, que les autres corps de la même espèce qu’elle, doivent l’être aussi ; mais le Soleil n’est point un corps de la même espèce que la Terre, ni que les autres planètes. » Enfin, le philosophe évoque les tourbillons de Descartes : les mouvements des astres doivent se comprendre à partir de tourbillons qui les mettent en mouvement, puisque le vide n’existe pas.
Cinquième soir
« Que les étoiles fixes sont autant de Soleils, dont chacun éclaire un monde » : la marquise réalise qu’il y a autant de mondes qu’il y a d’étoiles, et cela lui fait réaliser que la Terre est insignifiante, parmi l’infinité d’astres qui existent. Elle en a le tournis tant c’est difficile à concevoir : « Cela me confond, me trouble, m’épouvante. » Le savant, lui, apprécie cette conception : « cela me met à mon aise ». Entre ces mondes, il n’y a rien : ils sont collés les uns aux autres, puisque le vide n’existe pas. Après, le savant mentionne les comètes, qui proviennent d’une étoile et en traversent une autre : la peur que certains en ont est irrationnelle. Enfin, il évoque le fait que les étoiles peuvent naître et mourir, par conséquent l’univers est en constante évolution, il n’est pas figé, puisque des astres s’éteignent et d’autres apparaissent : « Pourquoi la matière propre à faire un Soleil ne pourra-t-elle pas, après avoir été dispersée en plusieurs endroits différents, se ramasser à la longue en un certain lieu, et y jeter les fondements d’un nouveau monde ? »
Sixième soir
« Nouvelles pensées qui confirment celles des entretiens précédents. Dernières découvertes qui ont été faites dans le ciel. » : cet entretien a lieu longtemps après les précédents. Alors qu’elle vient de dialoguer avec deux hommes qui ne l’ont pas crue lorsqu’elle a affirmé que les autres planètes étaient habitées, la marquise rencontre le savant. Ce dernier l’invite à ne pas diffuser ses connaissances, sous peine d’être incomprise et moquée. Il reprend certains sujets abordés les soirs précédents, comme l’héliocentrisme et les caractéristiques des planètes, et apporte davantage d’informations nouvelles les concernant, afin de préciser ce qui a été dit précédemment. (Cela est rendu possible par la distance temporelle : ce soir a été rajouté lors d’une réédition de 1687, donc depuis, des progrès ont été faits, et sont dévoilés ici à la marquise.) Il révèle donc les dernières découvertes astronomiques, tout en invitant à la prudence : « En fait des découvertes nouvelles, il ne se faut pas trop presser de raisonner, quoiqu’on en ait toujours assez d’envie, et les vrais philosophes sont comme les éléphants, qui en marchant ne posent jamais le second pied à terre, que le premier n’y soit bien affermi. »
Thématiques abordées
La science : dès le premier soir, le philosophe s’adonne à un exposé scientifique. S’il peine à organiser ses idées au début, parce qu’il ne sait pas par quoi commencer, il va rapidement trouver une structure, faisant de cette leçon un voyage progressif de monde en monde. Les comparaisons sont nombreuses afin d’aider un lecteur peu averti à se représenter les évènements astronomiques décrits. Il s’agit de rendre accessible le savoir scientifique et astronomique contemporain, en l’expliquant de manière simple, facilement concevable, pour que le lecteur non spécialiste puisse le comprendre, à travers la figure de la marquise, d’abord ignorante, finalement savante. Mais cette science peut ne pas être comprise par tout le monde, comme le montrent les deux hommes (pourtant dotés d’esprit et d’intelligence) du sixième soir, qui rejettent l’idée que les autres planètes sont habitées.
La vérité : Fontenelle s’impose en tant que précurseur des Lumières en tant qu’il rejette les préjugés et fausses croyances et tente de transmettre des connaissances scientifiques à large échelle, en les vulgarisant pour qu’elles soient compréhensibles. Il s’agit de transmettre des savoirs pour éduquer la marquise, et surtout le lecteur, à travers elle. Mais il y a tout de même une nuance à effectuer : rappelons que suite au dialogue entre la marquise et les deux hommes le sixième soir, le savant précise qu’il faut réserver ces discussions scientifiques à un petit groupe, et ne pas les aborder avec n’importe qui. Il s’agit également de vulgariser des concepts afin d’enseigner des vérités découvertes par de grands scientifiques comme Descartes, Cassini, Copernic, qui paraissent évidentes une fois transmises : « Il n’y a que la vérité qui persuade, même sans avoir besoin de paraître avec toutes ses preuves. Elle entre si naturellement dans l’esprit que, quand on l’apprend pour la première fois, il semble qu’on ne fasse que s’en souvenir. » Pour lutter contre les idées reçues de la marquise, la stratégie du savant est d’établir des comparaisons entre les astres qu’il analyse et le monde humain : c’est ainsi qu’il compare les planètes à l’Opéra, la découverte de la Lune aux découvertes des colons, la Lune et la Terre à Paris et Saint-Denis…
Plaire et instruire : « J’ai voulu traiter la philosophie d’une manière qui ne fût point philosophique ; j’ai tâché de l’amener à un point où elle ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni trop badine pour les savants. », écrit Fontenelle dans sa préface. C’est en ce sens que l’on comprend l’ajout d’éléments fictionnels, la tonalité galante, les références littéraires, entre autres : il s’agit de s’inscrire dans le cadre du placere et docere de l’idéal classique, et de transmettre des enseignements par le biais d’une forme plaisante et divertissante.
La figure de la femme : « J’ai cru que cette fiction me servirait et à rendre l’ouvrage plus susceptible d’agrément, et à encourager les dames par l’exemple d’une femme qui, ne sortant jamais des bornes d’une personne qui n’a nulle teinture de science, ne laisse pas d’entendre ce qu’on lui dit, et de ranger dans sa tête sans confusion les tourbillons et les mondes. » Nous l’avons vu, la marquise, d’abord ignorante, n’est pas l’interlocutrice du savant parce que Fontenelle veut dévaloriser la femme et placer l’homme en posture de supériorité. La femme à son époque n’a pas d’éducation, il est donc normal qu’elle soit ignorante ; l’auteur veut encourager les femmes à s’émanciper de cette ignorance contrainte et à se cultiver, à apprendre de nouvelles choses. C’est pourquoi il est écrit, concernant la marquise, « je la tiens savante, à cause de l’extrême facilité qu’elle aurait à le devenir. » (préface). Son ignorance n’est due qu’à l’absence d’éducation et non à une forme d’infériorité. C’est d’ailleurs pourquoi, le cinquième soir, le philosophe affirme qu’elle est devenue savante. Et par ailleurs, tout au long des entretiens, elle fait preuve d’une belle vivacité d’esprit et d’une soif d’apprendre ; elle fait progresser le raisonnement du savant, elle repère des points sombres de la réflexion ; malgré quelques remarques parfois naïves et romancées, elle « a le discernement vif et prompt » (deuxième soir).
Le dialogue galant : nous l’avons vu, un des aspects plaisants de cette œuvre est le discours galant que l’on y retrouve. Le savant tente de séduire la marquise en proposant des glissements entre discours scientifique et parallèles amoureux : le discours scientifique a aussi pour but de la séduire (« Je ne vous connaissais pas de pareils emportements, repris-je ; c’est dommage qu’ils n’aient que les tourbillons pour objet. » (quatrième soir)). Cela éveille davantage l’intérêt du lecteur, qui veut savoir si la femme sera séduite ou si le savant ne parviendra pas à ses fins. Lors du cinquième soir, le thème galant revient : le philosophe demande à la marquise de penser à lui lorsqu’elle admire le ciel. Pourtant, le discours galant et les tentatives de séduction du philosophe n’aboutissent pas : la marquise ne s’intéresse qu’à son discours scientifique, et ne réagit pas aux compliments.
La fiction : « Le vrai et le faux sont mêlés ici, mais ils y sont toujours aisés à distinguer. » (préface) Les exposés scientifiques s’accompagnent de passages plus légers, fictionnels, qui prennent plusieurs formes : références littéraires (Roland furieux de l’Arioste et son protagoniste Astolphe, qui voyage sur la Lune en chariot de feu ; hypothèses sur les points de vue depuis différentes planètes ; conjectures sur les caractéristiques des habitants d’autres astres…). Mais la fiction est toujours manifestée comme telle, comme un ornement plaisant.
Le voyage grâce à l’imagination : il a plusieurs dimensions. C’est bien sûr le voyage fictif et scientifique que font par la pensée et l’imagination la marquise et le philosophe, qui se déplacent de planète et planète : « ce ne serait pas un plaisir médiocre de voir plusieurs mondes différents. Ce voyage me réjouit quelquefois beaucoup à ne le faire qu’en imagination » « continuons le voyage que nous avions entrepris de faire de planète en planète » (troisième soir). Paradoxalement, ce qui permet mais aussi limite ce voyage est l’imagination : « Ma raison est assez bien convaincue, dit la marquise, mais mon imagination est accablée de la multitude infinie des habitants de toutes ces planètes, et embarrassée de la diversité qu’il faut établir entre eux ; car je vois bien que la nature, selon qu’elle est ennemie des répétitions, les aura tous faits différents ; mais comment se représenter tout cela ? Ce n’est pas à l’imagination à prétendre se le représenter, répondis-je, elle ne peut aller plus loin que les yeux. » (troisième soir). C’est également un voyage ludique, guidé par des exposés scientifiques ordonnés, puisque le savant et la marquise se déplacent de planète en planète ; mais il est aussi accompagné de fictions et d’hypothèses divertissantes non prouvées.
Le parcours « Le goût de la science »
Il s’agit pour Fontenelle de transmettre le goût de la science à ses lecteurs : il veut les intéresser aux faits scientifiques et astronomiques, en les rendant accessibles à un public non averti. Cela passe notamment par la convocation de l’imagination, qui permet ce voyage fictionnel d’astre en astre, et qui le rend plaisant. Cela passe aussi par tous les procédés ludiques, divertissants et fictionnels mentionnés précédemment, qui permettent d’orner ces entretiens d’une dimension plus légère.
Fontenelle s’adresse aux lecteurs capables d’utiliser leur esprit et leur raison, ainsi que leur imagination ; et qui savent également reconnaitre les limites de leurs capacités. En effet, l’entretien de la marquise avec les deux hommes lors du sixième soir montre que les hommes ne sont pas tous capables d’avoir assez de goût pour la science pour avoir l’esprit ouvert à différentes hypothèses et aux révolutions scientifiques.
Cet ouvrage s’adresse aussi bien à ceux qui ont déjà le goût de la science, en tant que spécialistes, qu’à ceux qui ne l’ont pas encore, ou qui sont ignorants : le mélange entre discours plaisant, divertissant et discours scientifique permet d’attirer l’attention de différents profils de lecteurs. Le seul véritable critère est d’avoir l’esprit ouvert.
Enfin, si la fiction est tout de même existante, elle est systématiquement manifestée en tant que telle : le lecteur ne peut pas se tromper et tenir certaines anecdotes fausses pour vraies. La fiction est un ornement, mais aussi un outil : les hypothèses fictionnelles, les comparaisons, permettent tout de même de tenter d’approcher une certaine vérité qui ne peut être ni étudiée ni prouvée. La fiction et les nombreuses questions laissées sans réponse montrent que la connaissance et la raison ont des limites, l’homme ne peut pas tout connaitre, et il doit sans cesse garder son esprit ouvert aux nouvelles découvertes et accepter de remettre en cause certains faits établis pour vrais et qui ne le sont peut-être pas tant que cela.
A venir !
A venir !
A venir !
